Au départ, je voulais juste m’entraîner
ArdaCraft recrée la Terre du Milieu dans Minecraft depuis 2014. La communauté a déjà construit plus de 300 lieux à l’échelle 1:58, avec derrière chacun d’eux des recherches en géologie, en botanique ou encore en histoire.
Quand j’ai commencé à filmer pour le projet, je n’avais pas pour objectif de faire gagner 100 000 abonnés au compte. J’avais surtout envie de progresser en vidéo et, avec plus de 300 lieux déjà construits, je ne manquais pas vraiment de sujets.
À ce moment-là, le compte Instagram comptait 9 877 abonnés. Les vidéos publiées avant mon arrivée tournaient généralement autour de 30 000 vues, souvent moins.
30 000 vues, ce n’était pas mauvais. Mais quand je voyais tout ce que la communauté avait construit depuis 2014, je me disais qu’on pouvait clairement faire mieux.
Je n’avais pas vraiment de plan à long terme. J’avais une idée et l’envie de voir ce qu’elle pouvait donner.
Filmer Minecraft comme une destination
Mon premier réflexe aurait pu être de regarder ce qui fonctionnait sur les autres comptes Minecraft. J’ai fait l’inverse : je suis allé voir du côté des vidéos de voyage.
En fait, ce n’était pas si étrange. ArdaCraft est construit dans Minecraft, mais ce que je filmais, c’étaient des paysages, des villes, des fermes, des montagnes ou des tours de garde. Les créateurs de voyage avaient déjà trouvé beaucoup de façons de donner envie de découvrir un lieu.
J’ai commencé par reprendre deux principes assez simples.
Le premier concernait l’ordre des plans. Le meilleur devait passer en premier. Sur Instagram, le spectateur décide très vite s’il reste ou s’il continue de faire défiler. Garder mon plus beau plan pour la fin ne servait donc pas à grand-chose si personne ne la regardait.
Le second concernait le son. Je choisissais la musique avant de commencer le montage, puis je construisais la vidéo autour d’elle. Le rythme des coupes, les mouvements de caméra et la durée des plans venaient ensuite se caler dessus.
Deux règles, ça tient en quelques lignes. Le reste est beaucoup plus difficile à expliquer.
Il y avait le lieu choisi, l’heure à laquelle je le filmais, la lumière, l’angle de départ, la vitesse de la caméra, le moment exact où je coupais un plan ou celui où la musique changeait. Aucune de ces décisions ne suffisait à faire une bonne vidéo, mais il suffisait parfois d’en rater une pour que l’ensemble fonctionne moins bien.
Je faisais encore une bonne partie de ces choix au ressenti. C’était justement pour ça que je m’entraînais.
465 000 vues au premier essai
J’ai publié le premier Reel au mois de février.
Au bout d’un ou deux jours, il avait déjà largement dépassé mes attentes. Il a fini par atteindre 465 000 vues.
Je ne m’y attendais pas du tout. Les membres d’ArdaCraft étaient hyper contents et reconnaissants. Moi, je me demandais surtout si je pouvais le refaire.
Une seule vidéo ne prouvait pas grand-chose. J’en ai donc fait une deuxième. Puis une troisième.
- Reel 1
À observer : le tout premier plan. C’est le meilleur de la vidéo, jamais celui que je gardais pour la fin.
- Reel 2
À écouter : la musique. Elle est choisie avant le montage, et le rythme des coupes vient se caler dessus.
- Reel 3
À observer : le cadrage. Le lieu est filmé comme un paysage à visiter, pas comme une construction.
Est-ce que je pouvais le refaire ?
Entre février et mai, j’ai enchaîné un premier sprint de production. Je publiais environ une vidéo par semaine au début. Je les réalisais seul, sur mon temps libre.
Selon les lieux et le montage, une vidéo me demandait entre deux et cinq heures. Je cherchais les références, choisissais le lieu, préparais les plans, faisais la captation, trouvais la musique et montais l’ensemble.
Je regardais les performances, bien sûr, mais l’analyse restait assez simple. Je passais surtout mon temps à fabriquer la vidéo suivante et à ajuster ce qui me semblait pouvoir être amélioré.
Toutes n’ont pas connu le même succès. Si je prends la moyenne, j’arrive à 1,1 million de vues par vidéo. C’est tentant de s’arrêter à ce chiffre, mais trois vidéos concentrent à elles seules 17,4 millions de vues, soit 64 % du total.
Le chiffre que je trouve plus intéressant, c’est que 22 vidéos sur 24 ont dépassé les 30 000 vues qui constituaient jusque-là le niveau habituel du compte. La médiane s’établit à 342 000 vues.
Après 24 vidéos, j’avais ma réponse : je pouvais le refaire.
Vingt-quatre vidéos plus tard
Entre la mi-février et la fin du mois de septembre, j’ai réalisé 24 vidéos. Elles ont cumulé 27,3 millions de vues. Le tout sans budget publicitaire, avec une diffusion entièrement organique.
C’est aussi pendant le premier sprint, lorsque je publiais le plus régulièrement, que le compte a gagné la majorité de ses nouveaux abonnés. ArdaCraft est passé de 9 877 abonnés fin janvier à 102 748 fin mai.
À la fin du mois d’août, le compte en comptait 115 579. Près de 88 % des abonnés gagnés sur la période étaient donc arrivés avant la fin du mois de mai.
| Fin de mois | Abonnés | Gain |
|---|---|---|
| janvier 2024 | 9 877 | |
| février | 27 506 | +17 629 |
| mars | 63 001 | +35 495 |
| avril | 82 258 | +19 257 |
| mai | 102 748 | +20 490 |
| juin | 108 675 | +5 927 |
| juillet | 113 852 | +5 177 |
| août | 115 579 | +1 727 |
Après le premier sprint
À partir de mai, j’ai commencé à publier moins régulièrement.
Ce n’était pas parce que le format avait cessé de fonctionner. J’étais venu pour m’entraîner et tester une idée. J’avais testé, ça avait marché, et j’avais réussi à le reproduire. J’avais donc terminé ce pour quoi j’étais venu.
D’autres membres ont continué à alimenter le compte. Moi, je ne publiais plus que ponctuellement. La croissance a commencé à ralentir au même moment, comme le montre assez clairement le tableau.
J’ai encore produit quelques vidéos jusqu’à la fin du mois de septembre, mais je regardais déjà ailleurs.
Le problème suivant
À ce moment-là, c’est le site d’ArdaCraft qui a commencé à m’intéresser. Les vidéos y envoyaient désormais beaucoup plus de monde, mais une fois sur le site, on ne savait pas vraiment par où commencer ni quoi aller voir.
J’avais envie de comprendre comment mieux accueillir cette nouvelle audience et lui permettre d’explorer le travail de la communauté.
C’est comme ça que je suis passé des vidéos à la refonte du site, puis à la création d’une carte interactive inspirée de Google Maps.
Je ne savais pas encore que ce nouveau problème allait m’occuper pendant près de 150 heures. Mais ça, c’est l’expérience suivante.